Loi Le Meur en copropriété : nouveaux droits et règles à connaître
Par Mickaël ZONTA le 25 février 2026Points clés
La loi Le Meur copropriété change concrètement les règles du jeu pour des millions de Français. Si vous vivez dans une résidence où un voisin loue son appartement le week-end à des inconnus, vous savez exactement de quoi on parle : nuisances nocturnes, halls d'entrée envahis, parties communes dégradées. Ce problème touche aujourd'hui plus de 300 000 logements en copropriété en France, selon les estimations du ministère du Logement. Adoptée en novembre 2024 et publiée au Journal officiel, cette loi donne enfin aux copropriétés un vrai pouvoir décisionnel pour encadrer ou interdire les locations meublées touristiques. Dans cet article, vous allez comprendre ce qui change, qui est concerné, et comment agir dès maintenant.
Comprendre la loi Le Meur et son rôle en copropriété
La loi Le Meur ne tombe pas du ciel. Elle répond à une situation devenue intenable dans de nombreuses copropriétés françaises, et son impact va bien au-delà des seules plateformes de location courte durée.
Origine et contexte de la réforme
Tout commence avec un constat simple : les outils juridiques existants étaient trop faibles pour permettre aux immeubles partagés de réguler efficacement l'activité de louer des meublées touristiques. La loi ALUR de 2014 puis la loi ELAN de 2018 avaient apporté quelques ajustements, mais aucun levier décisif.
Face à la montée en puissance des locations de courte durée (le nombre de logements entiers loués sur des plateformes a triplé entre 2015 et 2023 en France) il est devenu urgent de légiférer plus clairement. La réglementation applicable aux locaux d'habitation utilisés à des fins commerciales ou saisonnières restait floue, ce qui alimentait les conflits entre copropriétaires.
Objectifs poursuivis par le législateur
Le législateur a voulu atteindre trois objectifs précis avec cette réforme :
- Rééquilibrer les droits entre copropriétaires résidents permanents et propriétaires bailleurs
- Redonner à la collectivité des bailleurs un vrai pouvoir de décision sur l'usage et la destination des lots
- Simplifier les procédures de vote pour modifier la règle de copropriété
L'idée centrale est simple : une copropriété est une communauté. Ce qui se passe dans un appartement ne concerne pas uniquement son propriétaire. La loi encadre désormais les activités qui transforment un habitat résidentiel en structure à vocation quasi commerciale.
Le rôle d'Annaïg Le Meur dans cette évolution
Annaïg Le Meur, députée du Finistère, est à l'origine de cette proposition de loi. Son territoire, fortement touristique, a été particulièrement exposé aux tensions entre résidents permanents et propriétaires pratiquant la location saisonnière. Son texte a été adopté par l'Assemblée nationale puis par le Sénat après plusieurs mois de débats. La récente norme qui en découle modifie en profondeur le droit applicable aux résidences collectives.

Pourquoi les copropriétés sont directement concernées
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Et les conséquences concrètes aussi.
L'essor des meublés touristiques dans les immeubles
En France, on estime à plus de 700 000 le nombre d'annonces de logements entiers disponibles à la location touristique de courte durée. Une part significative se situe dans des immeubles en copropriété, notamment dans les grandes villes et les zones touristiques.
Dans certains arrondissements de Paris, Lyon ou Bordeaux, des immeubles entiers se sont progressivement transformés en résidences hôtelières de fait. Ces locaux, à l'origine destinés à la résidence principale, ont glissé vers un usage commercial ou para-hôtelier, sans que les propriétaires aient eu leur mot à dire.
Une question ? Besoin de conseils ?
Notre équipe d'experts en gestion locative est à votre disposition pour répondre à toutes vos questions.
Les impacts sur la vie collective
Un appartement en location touristique génère en moyenne deux à trois fois plus de passages dans les parties communes qu'un appartement occupé par un résident permanent. Résultat concret : usure accélérée des ascenseurs, halls salis, boîtes aux lettres abîmées, nuisances nocturnes récurrentes.
Au-delà du quotidien, c'est souvent le sentiment de ne plus être chez soi dans son propre habitat qui domine. Selon une enquête de l'UNPI publiée en 2023, 68 % des copropriétaires interrogés dans des immeubles comprenant des meublés touristiques déclaraient une dégradation de la qualité de vie collective.
Les limites de l'ancienne réglementation
Avant la loi Le Meur, une copropriété ne pouvait restreindre les logements meublés touristiques que si sa règle contenait une clause d'habitation bourgeoise exclusive. Ces clauses, rare dans les règlements modernes, était souvent contestée en justice. Les syndics se trouvaient démunis, et les assemblées générales tournaient en rond face à des propriétaires qui invoquaient leur droit de jouissance de leurs lots.
Les nouveaux pouvoirs accordés aux copropriétés
C'est le cœur de la réforme. Ce que les résidences collectives ne pouvaient pas faire avant, elles peuvent désormais l'envisager.
La possibilité d'encadrer ou interdire certains usages
La loi Le Meur permet à une assemblée générale de copropriété de voter une restriction ou une interdiction de louer des meublées touristiques, même en l'absence de clause d'habitation bourgeoise dans le règlement existant.
Concrètement : si la grande partie des propriétaires le décide, la résidence peut adopter une règle interdisant ou limitant la location d'appartements à des voyageurs de passage. On passe d'une logique de tolérance par défaut à une logique de décision collective sur l'usage des lots.
Un exemple concret : une copropriété de 40 lots à Bordeaux dont 8 appartements étaient loués en courte durée a pu, après la promulgation de la loi, inscrire la question à l'ordre du jour de son assemblée générale et voter une restriction à la majorité qualifiée. Avant la réforme, cette démarche était juridiquement bloquée faute de clauses adaptées dans son règlement.
La simplification des prises de décision
Avant la loi, modifier la règle dans une copropriété pour encadrer les locations meublées nécessitait dans de nombreux cas une grande partie qualifiée difficile à atteindre, voire l'unanimité. La loi Le Meur simplifie les seuils de vote applicables à ces décisions spécifiques.
Cette simplification est déterminante. Dans une copropriété de 50 lots, convaincre 100 % des propriétaires est souvent impossible. Réduire ce seuil rend la décision collective enfin atteignable.
Le renforcement du rôle du règlement de copropriété
La règle de copropriété devient l'outil central. Il peut désormais intégrer des dispositions claires sur l'usage et la destination des lots à des fins touristiques ou commerciales, avec une valeur juridique renforcée. Ce règlement s'impose à tous les copropriétaires, y compris aux futurs acquéreurs.
Estimez le loyer de votre bien
Utilisez notre outil gratuit pour estimer le loyer optimal de votre bien immobilier en quelques clics.
Modification du règlement de copropriété : ce qui change
Comprendre les règles de majorité est essentiel pour agir efficacement. Voici ce que la loi modifie concrètement.
Les nouvelles règles de majorité
| Type de décision | Ancienne règle | Nouvelle règle (loi Le Meur) |
| Restriction des locations meublées touristiques | Unanimité ou majorité absolue selon les cas | Double majorité (art. 26) |
| Modification du règlement sur l'usage des lots | Unanimité fréquemment requise | Majorité qualifiée assouplie |
| Interdiction totale des meublés touristiques | Quasiment impossible sans clause spécifique | Possible par vote en assemblée générale |
Source : Loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024, article 6 — modifiant l'article 26 d) de la loi du 10 juillet 1965
Ce tableau illustre un changement fondamental : ce qui était bloqué par la réglementation peut maintenant avancer grâce à une délibération collective.
Les conditions pour adopter une restriction
Adopter une restriction ne se fait pas du jour au lendemain. La modification de la règle suit une procédure rigoureuse :
- La question doit être inscrite à l'ordre du jour de l'assemblée générale par le gestionnaire de la résidence ou à la demande de copropriétaires.
- Les convocations doivent être accompagnées des documents juridiques justificatifs.
- Le scrutin doit atteindre le seuil requis par la présente loi.
- La modification doit être publiée au registre des copropriétés.
Le rôle du syndic et de l'assemblée générale
L'assemblée générale reste l'instance souveraine. C'est elle qui décide, mais le représentant prépare, conseille, rédige les résolutions et assure le suivi juridique. Depuis l'adoption de la loi, plusieurs syndics professionnels ont mis à jour leurs modèles de résolutions. Si votre représentant n'a pas encore communiqué sur ce sujet, c'est le moment de lui poser la question. Vous pouvez également consulter un avocat spécialisé en droit de la copropriété pour sécuriser la rédaction.
Obtenez votre devis personnalisé
Découvrez nos tarifs de gestion locative adaptés à votre bien immobilier. Réponse sous 24h.
Propriétaires, bailleurs, investisseurs : qui est concerné
Tout le monde ne se trouve pas dans la même situation face à cette norme.
Les propriétaires déjà en copropriété
Si vous êtes propriétaire d'un appartement dans un immeuble en copropriété, la loi vous concerne doublement. Soit parce que vous subissez les nuisances d'un voisin bailleur, soit parce que vous êtes vous-même bailleur et devrez vous conformer aux décisions de votre copropriété sur l'usage de vos lots.

Les nouveaux acquéreurs
À partir de l'entrée en vigueur de la loi, tout acheteur doit être informé des restrictions existantes sur l'activité de loeur en meublées touristiques. Cette information doit figurer dans les documents précontractuels remis lors d'une vente. Investir dans un appartement destiné à la location courte durée sans vérifier le règlement de copropriété devient une faute de diligence.
Les bailleurs utilisant la location meublée
Un propriétaire qui loue son appartement meublé à la semaine doit désormais s'assurer que son règlement de copropriété le permet. Si une restriction est adoptée après son acquisition, il devra se conformer à la nouvelle règle dans les délais prévus par la loi.
Les investisseurs locatifs
Pour un investisseur qui envisage l'achat d'un appartement pour le louer en meublé touristique, la due diligence juridique doit désormais inclure une lecture attentive du règlement de copropriété et une analyse du climat décisionnel de la copropriété. Un immeuble où les copropriétaires sont déjà en conflit sur l'usage des locaux peut voter une restriction dès la prochaine assemblée générale.
Confiez votre bien à nos experts
Gestion complète, sérénité garantie. Découvrez nos services de gestion locative professionnelle.
Locations meublées touristiques : ce qui reste possible ou non
La loi Le Meur n'interdit pas automatiquement les locations meublées touristiques. Elle organise leur encadrement possible. Nuance importante.
Les situations autorisées
Si le règlement de copropriété ne contient aucune restriction et que l'assemblée générale n'a pas encore voté de limitation, la location meublée touristique reste légale, sous réserve du respect des règles fiscales, administratives, d'urbanisme et de la norme communale applicable à la résidence principale.
Les situations pouvant être restreintes
| Situation | Encadrement possible par la copropriété |
| Location entière d'un appartement à des touristes | Oui, par vote en assemblée générale |
| Location d'une chambre chez l'habitant | Non, généralement protégée |
| Location meublée longue durée (bail classique) | Non concernée par cette loi |
| Résidence secondaire louée en courte durée | Oui, si la copropriété décide une restriction |
| Usage commercial ou para-hôtelier d'un lot | Oui, incompatible avec la destination résidentielle |
Source : Locations touristiques : de nouvelles règles en 2025 », Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre)
L'importance du règlement de copropriété
Le règlement de copropriété est votre premier document de référence. Il définit la destination de la résidence et l'usage autorisé des lots. Avant toute décision (acheter, louer, investir) il faut le lire. Intégralement. Un avocat spécialisé en droit de la copropriété peut vous aider à interpréter une clause ambiguë ou à évaluer les risques d'une modification du règlement.
Une question ? Besoin de conseils ?
Notre équipe d'experts en gestion locative est à votre disposition pour répondre à toutes vos questions.
Conséquences concrètes pour les copropriétés
Au-delà du juridique, la loi Le Meur a des effets pratiques que les résidences collectives vont ressentir dans leur gestion quotidienne.
Gestion plus équilibrée de l'immeuble
Les habitats collectifs qui encadrent les meublées touristiques constatent généralement une amélioration rapide de la gestion des parties communes. Moins de flux de personnes inconnues dans l'immeuble, moins de dégradations, charges d'entretien stabilisées. L'usage des locaux redevient conforme à la destination résidentielle de l'immeuble.
Réduction des conflits entre copropriétaires
Les conflits liés aux locations touristiques représentaient en 2023 une part croissante des litiges traités par les syndics professionnels. Disposer d'un cadre juridique clair réduit les tensions : quand les règles sont votées collectivement et inscrites dans le règlement, les recours individuels diminuent significativement.
Effets possibles sur la valeur des biens
L'impact sur la valeur des biens est à double sens. Dans un immeuble où les restrictions sont votées, les appartements destinés à la résidence principale peuvent voir leur attractivité augmenter auprès d'acheteurs cherchant un environnement calme et stable. En revanche, les lots destinés à un usage locatif touristique pourraient subir une décote partielle dans les immeubles les plus restrictives.
Mise en application de la loi Le Meur
Le texte a été adopté en novembre 2024 après une navette parlementaire. Plusieurs amendements ont précisé les modalités de suffrage, les règlements applicables et les droits des propriétaires en cours de bail. La réglementation est désormais intégrée au droit de la copropriété et de l'urbanisme.
La loi est entrée en vigueur à la suite de sa publication au Journal officiel fin 2024. Les décrets d'application précisant certaines modalités pratiques ont été publiés dans la foulée. La réglementation est donc applicable immédiatement.
Ce que les copropriétés peuvent faire dès maintenant
Si votre copropriété souhaite encadrer les locations meublées touristiques, voici les premières étapes concrètes :
- Demander au responsable de gestion d'inscrire la question à l'ordre du jour de la prochaine assemblée générale
- Faire réaliser un audit juridique du règlement de copropriété existant
- Consulter un avocat spécialisé pour rédiger une résolution conforme à la loi Le Meur
- Communiquer avec les propriétaires en amont pour préparer le vote
Confiez votre bien à nos experts
Gestion complète, sérénité garantie. Découvrez nos services de gestion locative professionnelle.
Ce qu'il faut vraiment retenir
La loi Le Meur marque un tournant réel dans le droit de la copropriété française. Pour la première fois, les propriétaires disposent d'outils concrets et accessibles pour décider collectivement de l'usage et de la destination de leur immeuble. Qu'il s'agisse d'interdire les locations meublées touristiques, de les encadrer par une clause dans le règlement, ou simplement d'ouvrir le débat en assemblée générale, la réglementation récente ouvre une voie claire. L'essentiel reste de s'informer, de consulter un avocat ou un représentant compétent, et d'agir avant que les tensions ne s'installent durablement dans votre immeuble.
FAQ : loi Le Meur et copropriété
Est-ce que ma copropriété peut m'interdire de louer mon appartement en courte durée ?
Oui. Depuis la loi Le Meur, une copropriété peut voter une interdiction ou une restriction des locations meublées touristiques, même si votre règlement ne le prévoyait pas avant. Une fois votée à la majorité requise et inscrite dans le règlement, cette règle s'impose à tous les copropriétaires.
On est 30 copropriétaires, est-ce qu'on peut vraiment changer les règles facilement ?
Plus facilement qu'avant, oui. La loi Le Meur a abaissé les seuils de majorité nécessaires pour les décisions liées aux locations meublées. Vous n'êtes plus automatiquement bloqué par une minorité. Mais il faut atteindre une double de l'assemblée dans la plupart des cas : vérifiez avec votre syndic ou un avocat spécialisé en droit de la copropriété.
J'ai acheté pour faire de la location courte durée, est-ce que j'ai des droits acquis ?
Non. La loi ne protège pas de manière permanente un usage antérieur. Si votre copropriété vote une restriction après votre acquisition, vous devrez vous y conformer, éventuellement dans un délai de transition. Vérifiez toujours le règlement de copropriété et la destination des lots avant d'acheter.
Le syndic est obligé d'inscrire ça à l'ordre du jour si je le demande ?
Oui, si la demande est formulée par écrit avant la convocation. Un ou plusieurs copropriétaires peuvent demander l'inscription d'une question à l'ordre du jour. L'entité qui vous représente ne peut pas refuser une demande légitime. En cas de blocage, un avocat peut vous aider à faire valoir ce droit.
La loi s'applique aussi si mon appartement est ma résidence principale que je loue parfois ?
La loi Le Meur cible avant tout les locations meublées touristiques de courte durée à titre habituel. La location ponctuelle d'une résidence principale bénéficie généralement d'un régime plus souple. Mais si votre règlement de copropriété prévoit désormais une interdiction ou une restriction, même les locations ponctuelles peuvent être concernées. L'analyse au cas par cas reste indispensable.