Calcul des charges locatives : comment éviter les litiges ?
Par Mickaël ZONTA le 28 mars 2026Points clés
- Les deux modes de récupération : lequel choisir en 2026 ?
- Liste des charges récupérables : ce que dit la législation en 2026
- La régularisation chaque an : procédure et délais légaux
- Impact des prix de l'énergie sur vos provisions en 2026
- Cas particuliers : DPE, passoires thermiques et plafonnement des loyers
Le calcul des charges locatives est devenu un enjeu central pour les bailleurs comme pour les locataires. Ce changement est apparu dans un contexte où ces dépenses représentent en moyenne près de 20 % du loyer mensuel en France. Avec la hausse des coûts de l’énergie, l’inflation et le renforcement des obligations de transparence. La maîtrise de leur fonctionnement n’est plus une option mais une nécessité en 2026.
Concrètement, les charges locatives correspondent aux dépenses avancées par le propriétaire puis remboursées par le locataire. Elles sont généralement liées à l’usage courant du logement et à l’entretien de l’immeuble. Leur opération repose sur les provisions sur charges avec régularisation tous les ans, ou le forfait de charges.
En France, leur cadre juridique reste strictement encadré par le décret du 26 août 1987, qui fixe une liste limitative des dépenses récupérables. Cela inclut notamment l’eau, le chauffage collectif, l’entretien des parties communes ou encore certaines taxes comme la TEOM. Toute dépense non prévue par ce texte reste à la charge exclusive du bailleur pour garantir une répartition claire et sécurisée des coûts entre les parties.
Les deux modes de récupération : lequel choisir en 2026 ?
Il est essentiel de comprendre que le calcul des charges locatives emprunte deux voies légales distinctes. Chaque option a des avantages, des contraintes et des implications pour bailleur et locataire.
Les charges de la taxe réelle : provisions sur charges
Ce mode de gestion s'applique obligatoirement aux locations nues. Chaque mois, le locataire verse une provision mensuelle à titre de paiement d'acompte sur les charges. Ce montant est fixé par le bailleur sur la base des dépenses réelles de l'année précédente. Il est aussi possible de présenter un devis s'il s'agit d'une nouvelle habitation.
Une fois par an, le bailleur procède à la régularisation des charges en comparant les dépenses réelles avec les provisions versées. Si les charges réelles sont supérieures, le locataire doit le complément. Dans le cas contraire, le bailleur lui restitue la différence. Cette obligation de régularisation par an est prévue par la législation.
⚖️️ Le bailleur est tenu de présenter les preuves des charges au locataire sur demande. Ces pièces doivent être conservées et mises à disposition pendant un mois suivant l'envoi du décompte.
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Le forfait de charges : appartement équipé et colocation
Pour les locations meublées, la législation n'impose pas les provisions sur charges. Le bailleur peut opter pour un forfait de charges. Ce montant est librement négocié et inscrit dans le bail, sans régularisation ultérieure. Il offre de la visibilité au locataire et simplifie la gestion pour le bailleur, mais il comporte un risque. Si les charges réelles dépassent le forfait, c'est le propriétaire qui absorbe la différence.
Dans le cadre d'une activité LMNP, le choix entre forfait et provisions impacte également la comptabilité. Sous l'imposition réelle LMNP, les charges déductibles sont les charges réelles. Cela nécessite un suivi précis des factures et des dépenses d'entretien.
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Critère |
Provisions sur charges |
Forfait de charges |
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Type de bail |
Location nue (obligatoire) |
Location meublée, colocation |
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Régularisation annuelle |
Obligatoire, sur justificatifs |
Non applicable |
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Risque pour le bailleur |
Faible (répercussion des réelles) |
Élevé si forfait sous-estimé |
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Avantage fiscal LMNP |
Charges déductibles au réel |
Micro-BIC : abattement 50 % |
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Lisibilité pour le locataire |
Variable (provisions révisables) |
Excellente (montant fixe) |
|
Gestion administrative |
Complexe (justificatifs, arrêté) |
Simple (pas de régularisation) |
Sources : Loi n°89-462 du 6 juillet 1989, Décret du 26 août 1987, Bofip

Liste des charges récupérables : ce que dit la législation en 2026
La liste des charges locatives récupérables est strictement encadrée par le décret du 26 août 1987, annexé au dispositif du 6 juillet 1989. Elle regroupe trois grandes catégories de dépenses. Toute charge non inscrite dans ce décret ne peut pas être imputée au locataire.
Services liés à l'usage de l'appartement
Ce premier poste constitue souvent la majeure partie des charges locatives, notamment dans un bâtiment collectif :
- Eau froide et chaude : consommation collective, entretien des compteurs, contrat de fourniture.
- Chauffage collectif : combustible ou abonnement au réseau de chaleur, contrat d'entretien, frais de conduite des installations.
- Ascenseur : électricité, contrat d'entretien, petites réparations, visites réglementaires.
- Interphone et digicode : alimentation électrique et entretien courant.
- Vide-ordures : produits d'entretien et consommation électrique.
Entretien des parties communes et espaces verts
Dépenses pour l'entretien du bâtiment et des espaces extérieurs partagés par les copropriétaires et les locataires. Notez ainsi les produits d'entretien des parties communes (couloirs, halls, escaliers) avec l'électricité et les espaces verts. Le personnel d'entretien fait aussi partie des dépenses tout en respectant la limite de 75 %. Sinon, il ne faut pas ignorer les petits entretiens courants de ces parties.
Taxes et redevances récupérables
Parmi toutes les charges locatives, la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) est la plus fréquemment omise par les bailleurs. Elle figure pourtant explicitement dans le décret de 1987. Le bailleur peut répercuter intégralement sur le locataire la TEOM qu'il a acquittée dans son impôt foncier. Par ailleurs, il faut insister sur la redevance d'assainissement de l'appartement. Prenez aussi en compte l'impôt sur le balayage dans certaines municipalités.
⚠️ Ce que vous ne pouvez PAS récupérer sur le locataire : les honoraires du syndic et les rénovations de structure ou de ravalement. À cela s'ajoutent la prime d'assurance souscrite par le bailleur et les frais de gestion locative. N'oubliez pas le remplacement d'équipements vétustes (chaudière en fin de vie). Ces charges restent à la charge exclusive du propriétaire.
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Charge |
Récupérable ? |
Base légale |
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Eau froide ou chaude collective |
✅ Oui |
Décret 1987, art. 1 |
|
Chauffage collectif (fioul, gaz, réseau) |
✅ Oui |
Décret 1987, art. 2 |
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Entretien ascenseur |
✅ Oui |
Décret 1987, art. 3 |
|
TEOM |
✅ Oui |
Décret 1987, art. 4 |
|
Gardien / personnel (75 % max) |
✅ Partiel |
Décret 1987, art. 5 |
|
Honoraires du syndic de copropriété |
❌ Non |
Loi 89-462, art. 23 |
|
Travaux de ravalement, toiture |
❌ Non |
Loi 89-462, art. 6 |
|
Assurance de l'immeuble (bailleur) |
❌ Non |
Loi 89-462, art. 7 |
|
Frais de gestion locative |
❌ Non |
Usage / jurisprudence |
Sources : Décret n°87-713 du 26 août 1987 (liste des charges locatives récupérables), Loi n°89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs, Legifrance.gouv.fr.
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La régularisation chaque an : procédure et délais légaux
La régularisation par an des charges est le moment de vérité pour tout bailleur. C'est là que se joue la confiance avec le locataire et que se révèlent les erreurs de gestion accumulées au fil des mois. Voici la procédure exacte à respecter :
- Réunir les preuves : en copropriété, le bailleur attend l'arrêté des comptes annuels établi par le syndic. Il totalise ensuite les dépenses réelles de l'année comme les relevés d'énergie.... Chaque poste doit être documenté.
- Calculer la quote-part du locataire : en appartement collectif, les charges sont réparties selon les tantièmes. Chaque lot dispose d'une quote-part des parties communes fixée dans le règlement de copropriété.
- Comparer provisions et réelles : si les provisions versées sont inférieures aux dépenses réelles, le locataire règle le solde. S'il a trop versé, le bailleur lui restitue la différence ou déduit l'avoir sur les prochaines provisions.
- Envoyer le décompte : le bailleur est tenu d'adresser au locataire un décompte détaillé par nature de charge, un mois avant la date de régularisation. Il doit mettre les preuves à disposition pendant un mois.
- Ajuster les provisions pour l'année suivante : c'est ici que la plupart des propriétaires font une erreur, ils ne révisent pas leurs provisions. Or, avec l'évolution des tarifs de l'énergie, le maintien de provisions sous-évaluées génère des régularisations de plus en plus lourdes.
⏱️ Délai de prescription : le bailleur dispose de 3 ans pour effectuer une régularisation de charges (article 7-1 du dispositif du 6 juillet 1989). Au-delà, la créance est prescrite. De même, le locataire a 3 ans pour réclamer un trop-perçu.
Impact des prix de l'énergie sur vos provisions en 2026
Depuis 2021, les dépenses de chauffage collectif ont connu des hausses significatives. Elles sont répercutées sur les arrêtés de compte des copropriétés. En 2026, même si les tarifs se sont partiellement stabilisés, le niveau de base reste plus élevé qu'avant la crise énergétique. C'est un facteur à intégrer impérativement dans vos provisions.
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Énergie |
Évolution 2020–2024 |
Impact provision (T3 collectif) |
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Gaz naturel collectif |
+68 % sur la période |
+22 à +35 €/mois |
|
Électricité (parties communes) |
+45 % sur la période |
+8 à +14 €/mois |
|
Eau froide (réseau municipal) |
+18 % sur la période |
+5 à +10 €/mois |
|
TEOM |
+12 % en moyenne nationale |
+4 à +8 €/mois |
Sources : Commission de Régulation de l'Énergie (CRE), Observatoire National des Copropriétés (ANAH), FNAIM
👉️ Un propriétaire qui n'a pas révisé ses provisions depuis 2021 expose son locataire à une régularisation. Cela peut dépasser deux mois de loyer. En 2026, l'ajustement des provisions en cours de bail n'est plus une option mais une obligation de bonne gestion.
Comment ajuster vos provisions en cours de bail ? La législation autorise le bailleur à modifier les provisions en cours de bail. Il faut pour cela qu'il justifie l'évolution réelle des charges. Il suffit d'informer le locataire par courrier ou via l'espace locataire numérique. Joignez le décompte de charges et le nouveau montant proposé. Aucun accord du locataire n'est requis, la modification s'applique dès le prochain terme.

Cas particuliers : DPE, passoires thermiques et plafonnement des loyers
Depuis le dispositif Climat et Résilience et ses décrets d'application, la performance énergétique d'un logement impacte les obligations du bailleur. Cela implique les charges indirectes pesant sur l'investissement.
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Les logements classés F et G : un risque de gestion accru
Les logements classés F ou G au DPE sont progressivement interdits sur le marché locatif depuis 2025 (classe G dès le 1ᵉʳ janvier 2025, classe F en 2028). Pour les propriétaires qui louent encore ces logements sous régime transitoire, les dépenses de chauffage sont structurellement plus élevées. Cela gonfle les provisions sur charges et peut décourager les locataires.
La rénovation énergétique ne fait pas partie des charges récupérables sur le locataire, elles restent à la charge exclusive du propriétaire. En revanche, elles permettent de réduire durablement les charges de chauffage. Elles améliorent alors la compétitivité locative du bien et réduisent les risques de litiges liés aux provisions.
Le plafonnement des loyers et l'encadrement des charges
Dans les zones tendues soumises à l'encadrement des loyers (Paris, Bordeaux, Lyon, Montpellier, etc.), seul le loyer est plafonné. Les charges locatives récupérables ne font pas l'objet d'un plafonnement légal. Elles sont répercutées à hauteur des dépenses réelles. Toutefois, le juge peut requalifier une provision manifestement disproportionnée en complément de loyer déguisé.
Gestion des charges en LMNP et appartement équipé
Le statut LMNP est devenu l'un des régimes fiscaux favoris des investisseurs immobiliers. Mais il implique une gestion des charges locatives spécifique qui mérite attention.
En LMNP avec taxe réelle, les charges déductibles incluent toutes les dépenses engagées pour la gestion et l'entretien du bien loué. Notez particulièrement l'impôt foncier, l'assurance, les frais de gestion, les charges de copropriété et les intérêts d'emprunt. La frontière avec les charges récupérables sur le locataire est cruciale, les charges locatives récupérables sont des recettes pour le locataire.
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Charge |
Récupérable sur locataire |
Déductible en LMNP réel |
|
Eau / chauffage collectif |
✅ Oui |
⚪ Neutralisée (refacturée) |
|
Taxe foncière (hors TEOM) |
❌ Non |
✅ Oui, déductible |
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TEOM |
✅ Oui |
⚪ Neutralisée (refacturée) |
|
Assurance propriétaire non occupant (PNO) |
❌ Non |
✅ Oui, déductible |
|
Honoraires de gestion locative |
❌ Non |
✅ Oui, déductible |
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Travaux de rénovation énergétique |
❌ Non |
✅ Amortissables |
Sources : Bofip, Décret n°87-713 du 26 août 1987, Legifrance
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Maîtriser vos charges locatives, c'est protéger votre investissement
Déterminer les charges locatives ne se résume pas à une ligne comptable. C'est un acte de gestion qui engage la relation bailleur-locataire, la rentabilité de votre investissement et votre conformité légale. En 2026, avec la volatilité des prix de l'énergie, les nouvelles obligations DPE et la complexification des règles en copropriété. Le choix de s'appuyer sur des outils performants et une expertise éprouvée n'est plus un luxe.
Il faut des provisions justes, des preuves complètes et une régularisation annuelle rigoureuse. À cela s'ajoute une communication transparente avec votre locataire pour éviter de mauvaises surprises. Pour vous aider, NousGérons a conçu une interface qui automatise chacune de ces étapes. Ainsi, vous allez vous concentrer sur ce qui compte vraiment, dont le développement de votre patrimoine, en toute sérénité.
FAQ : questions fréquentes sur les charges locatives
Quelles preuves le bailleur doit-il fournir lors de la régularisation des charges ?
Le bailleur est tenu de remettre au locataire un décompte détaillé par nature de charge. Le dossier doit être accompagné par des pièces justificatives correspondantes. En copropriété, le document de référence est l'arrêté des comptes annuels établi par le syndic. Ces éléments doivent être mis à disposition pendant un mois suivant l'envoi du décompte. À défaut, le locataire est en droit de contester la régularisation.
Quel est le délai de prescription pour la régularisation des charges locatives ?
Le délai légal de prescription est de 3 ans, conformément à l'article 7-1 du dispositif du 6 juillet 1989 (modifié par le dispositif Alur). Cela signifie que le bailleur ne peut pas réclamer des charges impayées datant de plus de 3 années. Symétriquement, le locataire dispose du même délai pour réclamer le remboursement d'un trop-perçu. Au-delà, la créance est prescrite et irrecevable devant les tribunaux.
La régularisation par an des charges est-elle obligatoire dans un appartement équipé ?
Non, si vous avez opté pour un forfait de charges. En location équipée, la législation laisse le choix entre provisions sur charges avec régularisation par an ou forfait fixe. Si vous avez inscrit un forfait dans le bail, vous n'avez aucune obligation de régularisation : le montant est définitif, qu'il soit insuffisant ou excessif par rapport aux dépenses réelles. Attention toutefois : un forfait manifestement disproportionné (très éloigné des charges réelles) peut être requalifié par un juge.